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mercredi 2 février 2011

Une saison grise et humide

J'aurais préféré plagier complètement le titre de cet ouvrage d'André Brink (euh, non, finalement, peut-être pas complètement, j'aurais juste gardé la fin du titre...), mais j'aurais menti, et ce n'aurait été que pour narguer mes collègues qui sont restés en Europe. A Arequipa, en été (car c'est bien l'été pour nous), la saison est en effet plus grise et humide. Le soleil se montre parfois timidement dans la matinée pour disparaître complètement à partir de midi, et laisser place à une pluie incessante. Angoisse et tristesse, on rentre du travail sous des trombes d'eau, et il est à peine six heures du soir quand la nuit tombe. Des envies de couette, de chocolat chaud et de Walt Disney se font alors de plus en plus fortes. Mais non, il faut bien aller travailler, alors on marche dans les rues fantômes, tandis que les arequipeniens en vacances se dorent la pilule sur la côte où il fait étonnamment beau et chaud, c'est révoltant! Ok, c'est un peu exagéré, ok, c'est un peu le spleen de la rentrée, quand les ciels bas et lourds pèsent comme des couvercles. Et ça nous donne des envies littéraires, étrangement accompagnées d'un manque d'inspiration, et nous voilà à écrire des billets-édredons, recoudre des bouts de poésie, de littérature, sur un écran aussi glacial que les nuits arequipeniennes. Dans ce cas-là,  vivement l'hiver!

mardi 14 décembre 2010

Des rencontres culturelles

C'est beau de faire partie de l'évolution d'un projet, de sa création, de sa mise en place, de son développement. Depuis mon arrivée à Arequipa, nous organisons régulièrement (plus ou moins toutes les trois semaines), des rencontres culturelles le samedi après-midi. Au début nous ne savions pas trop comment nous organiser; faut-il des invitations orales ou écrites? Faut-il demander une petite participation (symbolique)? Quels thèmes aborder et comment les exploiter? Faut-il rester en mode "cours", ou favoriser une ambiance plus informelle? De ces mille questionnements, et de nos premiers samedis "cobayes", nous avons appris, nous avons grandi; nos samedis ressemblent vraiment à ce qu'une institution "officielle" (pour ne pas citer l'Alliance Française, dont nous sommes les concurrents directs et qui, eux, ont des moyens, GRRRRR) pourrait proposer. Le système D nous va comme un gant. On fait avec les moyens du bord, et ça marche! A titre d'exemple, la rencontre culturelle de samedi dernier avait pour thème l'art contemporain. Ouh, vaste mot, ouh, vaste programme!! Nous avons donc toutes fait appel à des amis artistes (photographes, peintres, graphistes, dessinateurs, écrivains) et leur ont demandé de nous prêter une ou plusieurs de leurs oeuvres. Nous avons ensuite disposé ces oeuvres (et bien rien que ça, c'est du boulot, je vous le dis, de savoir mettre en valeur des oeuvres) dans toutes les salles de l'institut en un parcours itinérant que nous avons exploré avec nos élèves. Présentation de l'artiste, de sa démarche, commentaires, discussions interculturelles...
A suivre très prochainement, les photos et vidéos de ces rencontres. En attendant, pour les curieux et curieuses, vous pouvez naviguer sur le site facebook de France Conexion Instituto où sont présents (quoique encore un peu en cours d'élaboration) les descriptifs de ces rencontres.

mercredi 4 août 2010

Le temps qu'il faut...

Le Temps... Ce grand ennemi qui nous file entre les doigts, après lequel on court, contre lequel on se débat, le bout du monde n'y change rien, le Temps passe à une vitesse!!! Déjà plus de trois semaines que j'enseigne, et le travail s'accumule sans jamais diminuer, je me sens héroïne de la mythologie grecque, remplissant un tonneau des Danaïdes au bois toujours sec, essayant sans cesse d'aller puiser à la rivière (comprendre ici: internet) une eau calcaire, à peine buvable, (comprendre ici: des ressources pour l'enseignement) qui de toute façon s'est déjà évaporée dès que j'arrive à destination. Première grosse boulette en cours, j'ai voulu parler d'un sujet que je ne maîtrisais pas assez, et que mon élève maîtrisait mieux. Premier rembarrage (gentil) en tant que prof, mon visage rouge écarlate et l'envie de m'enfoncer jusqu'au plus profond des entrailles de la terre, et oublier l'immensité de la connerie que je viens de dire. Heureusement le cours porte sur les proverbes, et hop, on place "personne n'est à l'abri de l'erreur" et "ça arrive aux meilleurs d'entre nous", et on continue le cours dans la bonne humeur et les rires. Mais ce salaud de Temps me rattrape toujours et je me démène contre lui. A l'institut presque tous les jours de 9 heures du matin à 9 heures du soir, et mes cours ne sont jamais assez préparés, assez ludiques, assez intéressants, passionants, renversants. Et pourtant j'y mets du mien! Avec certains élèves cependant c'est plus facile qu'avec d'autres; on le prend, ce Temps qui nous nargue, on le prend pour discuter de sujets qui nous intéressent, pour échanger sur les différences culturelles (que dis-je différences, ce sont d'ailleurs souvent des fossés; que dis-je des fossés, des failles océaniques!), on fouille les sujets en abordant au passage- vite fait, discret, t'as même pas vu ce qu'il vient de se passer- un petit point de grammaire qui pose problème. Mais avec d'autres, plus timides, plus en attente de ce que cette entité suprême qu'est l'enseignant va leur apprendre, le Temps se retourne contre nous et nous regarde, narquois, bardé de coutelas rouillés, avec un sourire sadique, et nous annonce: "et oui, je passe trop vite pour préparer les cours, pas assez pendant les cours!". Et ce même Temps, quand je pars en week-end visiter le cañon du colca, l'un des plus grands cañons du monde parsemé de cultures en terrasses qui datent de l'époque inca, aux mille vallées fertiles et aux oasis verdoyantes, ce même Temps alors file à la vitesse du vent, et ne se retourne pas. Le Temps qui passe, le Temps qu'il faut, le Temps qui gonfle et se dégonfle au-dessus de nos illusions et de nos désillusions, Temps je t'aime, Temps je te hais!!!

lundi 12 juillet 2010

Premier jour à Arequipa

Seule au bout du monde, premiers pas dans une ville andine au climat désertique, brûlante sous le soleil, glaciale la nuit, aux paysages lunaires, volcans désolés surplombant à 6000 mètres une terre rouge où se développent quelques cactus millénaires. Premiers contacts avec l'institut dans lequel j'enseignerai dès mercredi, grand bâtiment aux petites salles de cours sommaires, et, ô miracle, une machine à café dans la salle des enseignants. Les cours commenceront très tôt le matin, au garde à vous dès 7h30, et se finiront parfois à 21h30. La plupart des élèves (et oui, la terminologie FLE telle que nous la connaissons n'a pas encore pénétré les montagnes péruviennes, ici point d'apprenants!) sont des adultes et des étudiants dont les objectifs sont élevés et extrêmement pragmatiques: partir vivre ou étudier au Québec ou en France, alors vite, vite, savoir la langue, savoir communiquer quotidiennement. Les manuels utilisés (remaniés pour une approche majoritairement orale, où l'écrit, la civilisation et les cultures francophones ne sont qu'annexes) sont surtout Tout va bien! (niveaux débutant, intermédiaire et avancé, ici le CECR et son échelle critériée sont très peu connus, encore moins exploités), et les manuels Expression Orale niveaux 1,2 et 3 de Cle International. Pour l'instant je n'assurerai que des cours particuliers, et nous essaierons de mettre en place dès septembre ou octobre des cours en groupes. Rassurée par ces conditions où la relation privilégiée enseignant-élève me permettra de me faire la patte rapidement, je suis aussi un peu frustée. Je veux, que dis-je, j'impose, que des cours en groupes soient mis en place au plus vite! J'ai un besoin très puissant de confronter enfin toute la théorie apprise pendant le M1, les questions de dynamique de groupe, de montage d'unités didactiques, d'introduction du ludique... à une situation réelle. Mais ça viendra, et je suis motivée pour participer activement à l'élaboration de ce projet. La mise en place d'un agenda culturel également (projection de films francophones, ateliers "apéro" avec découverte culinaire, ateliers théâtre, poésie... ) est en projet, et je veux me sentir investie dans ces multiples projets. Pour l'instant je découvre la ville et le fonctionnement de l'institut, je remets doucement le pied à l'étrier de la culture andine (interculturalité, quand tu nous tiens!). La maison dans laquelle je suis logée par exemple, avec d'autres enseignantes-stagiaires, est mitoyenne avec celle des propriétaires, et les expériences parfois malheureuses de certaines de mes collocataires ont d'ores et déjà démontré qu'il reste inconcevable pour la société traditionnaliste andine (où se dessine avec une force à la fois puissante et inquiétante le message catholique et la toute-puissance d'un Christ dont on sait pourtant qu'il a été imposé dans le sang et dans le feu à des peuples indiens qui vénéraient jusqu'alors en toute sérénité la Pachamama, la Terre-Mère); qu'il reste inconcevable donc de ramener un jeune homme, fût-il de bonne famille, dans ses draps. Mince alors! La connaissance "biblique" des jeunes péruviens était pourtant dans mes objectifs durant ce stage! Trêve de plaisanterie, ramener des amis, faire la fête ou même écouter de la musique un peu trop fort ne seront pas à l'ordre du jour dans cette maison, cela me laissera le temps donc de prendre ce stage très au sérieux. Malheureusement, pas d'internet non plus à l'appartement, oh meine Gutt, coupée du monde multimédia auquel j'étais devenue extrêmement dépendante, comment faire??? Ecrire, certainement, écrire beaucoup, tous les jours, lire aussi, et bien entendu préparer mes cours (mais ça en vérité ce sera plutôt à l'institut, où j'aurai la possibilité de faire appel à la moindre hésitation à mon meilleur ami wikipédia, et à mon deuxième meilleur pote TV5 Monde.fr), écrire donc, comme exutoire, comme contact. Hâte de commencer à présent, de prendre mes marques et de faire mon nid dans cette ville où tout, enfin, doit être possible de nouveau...